La villégiature et le patrimoine thermal en Vallées Catalanes

En 2019, le Pays de l'Art et d'Histoire développe un projet sur le patrimoine estival et thermal du territoire avec différents partenaires tels que l'Université de Perpignan et la région Occitanie. Le programme d'activités propose des conférences, des visites et des publications tout au long de l'année.

Depuis le milieu du XIXe siècle, nos vallées ont connu un changement profond dans l'évolution des modèles économiques qui, depuis des siècles, rythment et dessinent les paysages et l’urbanisme. La révolution industrielle affecte considérablement le territoire et les habitants ont vu leur cadre de vie se modifier avec l'installation d'usines, l'exploitation minière et toutes les infrastructures nécessaires à l'activité industrielle. Parallélement, et souvent grâce aux nouvelles infrastructures (telles que les lignes de chemin de fer), une nouvelle catégorie de gens, bien plus aisée, commence à visiter le territoire. Attirée par la douceur climatique et à la recherche des soins proposés grâce aux abondantes sources du Vallespir, une haute société influencée par les idées hygiénistes de l’époque commence à séjourner de manière prolongée dans les vallées du Tech et du Ter pour des cures d’environ environ trois semaines durant la période estivale, qui finit par s’étendre de juin à octobre. Les stations thermales ont vite cessé d’être orientées uniquement vers le soin et comme Amélie sont devenus des lieux de loisirs importants pour les classes les plus riches à la manière du modèle anglais de Bath. On y passait beaucoup de temps, attiré par la vie sociale intense proposée par les hôtels, cafés, casinos, cinémas et balades qui en faisait un lieu de divertissement, de relations sociales, un lieu ou voir et être vu.

Ce phénomène a profondément modifié la physionomie et l'architecture de certains villages du territoire. Parmi eux, Amélie-les-Bains se démarque. La ville croît de façon désordonnée autour des grands établissements thermaux construits à proximité des sources d’eaux thermales, comme l’imposant bâtiment des Thermes Pujade, disparu lors de l'inondation de 1940 remplacé par les Thermes du Mondony actuels, ou encore le grand hôpital thermal militaire. A proximité de ces établissements, des villas unifamiliales ou collectives ont été construites présentant des architectures et jardins de styles les plus divers.

Au-delà d’Amélie-les-Bains, de grands établissements thermaux sont également installés au Boulou, où sont conservés les seuls jardins thermaux d'origine de notre territoire, ou La Preste, l’aménagement urbain le plus en amont du Tech. L’accueil de ces visiteurs suppose la construction d'importantes installations thermales et un développement urbain consécutif, généralement mal pensé.

Bien que nous sachions que Prats de Mollo était une ville importante en été pour de nombreuses familles bourgeoises du sud de la Catalogne, la ville de Camprodon a connu des transformations majeures avec l’arrivée de cette nouvelle classe sociale, pouvant multiplier par deux la population de la ville en été. En 1888, la construction par la famille Oliveda de sa maison sur la Promenade de la Font Nova fonde le premier quartier de résidences secondaires de la ville (au pied du château le long de la rivière Ritort). A Camprodon, près de trois quartiers ont été aménagés spécifiquement pour accueillir cette haute société qui disposait de ses propres services exclusifs : hôtels, casinos, courts de tennis et même, pendant quelques années, d'un hippodrome, qui fera les délices des estivants. Hormis les maisons, rares sont les installations qui ont survécues. Les résidences d'été ont ainsi été construites sur la Promenade de la Font Nova, puis tout au long de la rue Freixenet et, enfin, dans le quartier realisé ex-professo selon un modèle anglais (le seul en Espagne) de la Promenade Maristany.